Extraits de #MTC

Chapitre 4 :

ELLE. Tout simplement.
De la soude. Un mélange toxique de tous les composants nécessaires pour incendier l’ensemble de vos sens, et figer une brûlure chimique qui dissout votre cœur jusqu’à l’extinction de votre cerveau reptilien.

ELLE. Tout simplement.
De l’héroïne. Un fracas de substances qui vous soumet à la dépendance dès les premières injections, et supprime avec nervosité toutes les expériences en demi-teinte qui appartiennent au passé.

ELLE. Tout simplement.
De l’Amour brut. Celui qu’on implore au plus profond de soi, qu’on idéalise à outrance avant sa rencontre, et celui qui vous percute une seule et unique fois en stimulant un brouhaha de sensations inégalées.

 

Chapitre 10 :

Qu’importe ce que nous faisons, nous vivons notre vie. Elle n’est pas meilleure ou pire que celles des autres, elle ne suit qu’un chemin d’actions et d’événements incongrus, entre la planification de notre avenir idéaliste et les contraintes sociales de notre quotidien. On se construit alors au fil de nos expériences, de nos moments de joie et de détresse, mais tout est lisse et stagne en surface. Quels que soient nos faits et gestes, nous terminons pareil.
Seuls les itinéraires changent.
La vie est un jeu de l’oie dans lequel nous sommes seulement des pions éphémères, sur un plateau qui s’abîme au fil des ans et que l’on range au fond de la cave une fois terminé. Il n’y a ni vainqueur, ni perdant, juste des âmes innocentes qui survivent en suivant les modèles sociaux bâtis par leurs ancêtres, eux-mêmes ayant suivi les modèles sociaux bâtis bien avant eux.
Puis on arrive à la case finale. Sans exception. Souvent avec ce goût amer d’inachevé, comme l’esquisse d’un tableau de maître abandonnée dans un grenier, attaquée par l’humidité de la succession des mois de novembre.
Paradoxalement, la vie est trop brève pour nous laisser le temps de savourer ses entrailles, mais suffisamment longue pour nous donner l’envie d’en crever. Mourir, cette finalité que personne ne connaît, cet état somatique qui permet de balancer avant notre dernier souffle des messages enfouis au plus profond de nous-même et qui sont peut-être directement responsables du cancer que l’on a développé. Ainsi, je rêve parfois d’être sur mon lit de mort, après un accident tragique survenu en sortant d’une soirée absurde à l’Aventure, simplement pour observer avec compassion l’amour muet que l’on éprouverait pour moi. Et puis, il faut parfois attendre de se trouver à deux marches de voir tout en noir pour enfin discuter avec sa mère, entendre qu’on est fier de nous, apprendre des secrets de famille ou voir pleurer son père. Une situation qui permet de dévoiler sa vraie identité à ses parents, eux à qui l’on ne peut pas avouer ses sentiments les plus sombres, ses idées antisociales et son souhait d’éviter à tout prix le chemin qu’ils ont suivi.
Je me tue donc à acquérir une quelconque légitimité, un état d’esprit qui me chuchoterait que j’ai le droit de m’auto-satisfaire de ce que je suis.
Même si ça ne change rien.
Car un jour la lumière s’éteint, et la Terre continue de tourner. Il y aura encore et toujours des cris à la maternité, des orgasmes sur des banquettes arrières, des délits d’initiés pour s’en mettre plein les fouilles, des documentaires animaliers sur Planète, des bambins qui mangent de la terre pour pallier la famine, des mensonges de Père Noël et de Petite Souris, des larmes qui coulent après une bavure, des traits de poudre blanche dans le pif de fils à papa obèses, des livres illisibles proposés à des éditeurs, des histoires d’amour qui finissent mal, des lames de rasoir qui tracent des verticales sur des poignets mineurs…
Nous sommes déjà mi-septembre ; l’automne se rapproche, les figures pâles reprennent le dessus, les sourires se font rares et l’humanité rentre dans le rang. Je contemple ce monde en écoutant l’Ave Maria de Schubert, qui m’offre une valse mélancolique avec les premières feuilles tombantes des marronniers. Je repense alors à ces moments avec ELLE, ces heures passées à ausculter nos corps, ces pas de danse improvisés en pleine rue à la lueur des réverbères, ces sourires indéfinissables qui me dévoraient, ces framboises fraîches dégustées ensemble par un beau matin d’avril, ces virées nocturnes à la recherche de beaux endroits inconnus, ces longues minutes d’attente à la gare de Lyon après un court séjour loin l’un de l’autre, ces baisers disposés avec minutie sur nos corps comme des rangées de soldats russes…
Mais tout cela ne se raconte pas.
Ça se vit.
Le monde reprend donc sa marche en avant après ces derniers mois de douceur et d’humanité. Les écrans de télévision nous rabâchent une accumulation de nouvelles désastreuses, suffisamment pour que l’on ne se sente même plus concernés. Le racolage des hommes politiques reprend les rênes de l’actualité et on confie nos destins à ces hommes prochainement rattrapés par la justice. Ces élus, caricatures d’une démocratie qui n’en a jamais été une, caricatures d’une représentation sociale d’idées, caricatures d’un monde utopiste qui croit voter pour un homme obstiné à changer notre douce France… Et on attend comme des cons. Mais que voulez-vous qu’ils fassent, obnubilés qu’ils sont par leur image médiatique et leur carrière frauduleuse, secrètement accaparés par la préparation de leur propre campagne, et contraints d’embaucher en CDD des ministres éphémères amenés à disparaitre dans le marécage du savoir et de l’incompétence.
Le monde d’aujourd’hui ne s’organise qu’en deux catégories : ceux qui ne savent pas et ceux qui font semblant de savoir. Les premiers sont écrasés par les seconds et pensent que c’est légitime. Il suffit de faire semblant de savoir pour
paraître compétent, il suffit de lire des notes docilement transmises par son subordonné pour maîtriser son sujet, il suffit d’enjoliver son parcours pour renvoyer une image positive de soi. Les manipulateurs sont au sommet de notre société, qu’ils soient vendeurs ou politiciens, ce sont eux qui vendent du rêve aux petites gens d’Auvergne, qui enculent sans scrupule la Charente, et qui savent maintenir cet état souverain pour garder leurs places.
Et c’est là qu’interviennent les vices : la drogue, l’alcool, les putes, le sexe, l’argent, l’alcool, le sexe, l’alcool, le sexe… Les armes les plus redoutables de notre monde, capables de ruiner en un dixième de seconde un destin présidentiel, de faire sauter un cadre pour agression sexuelle, ou de radier à vie un sportif adulé à cause d’une analyse sanguine…
Notre parcours ne tient donc qu’à un fil, nous rappelant que rien n’est jamais acquis.
De toute façon, tout semble éphémère et dénué de sens concret, les mots ne frappent plus, les morts ne choquent plus, et les inégalités sont socialement acceptées par tous, y compris par les plus farouches communistes…
Il est 20h41. Je me laisse à présent bercer par les magnifiques Choeurs de l’Armée rouge. La nuit tombe sur notre beau Paris et les âmes humaines rentrent tristement chez elles. Tout le monde fait la gueule mais semble s’en satisfaire, tout le monde déprime aujourd’hui et déprimera demain.
Qu’importe, la Terre tournera toujours, même sans les ours blancs…

Chapitre 2 :

Lorsque je parviens à ouvrir de nouveau les yeux, la nuit a pris place.

Je suis devant le Queen, il est 01h39, et je n’ai aucun souvenir de ces cinq dernières heures. On m’apprend que nous avons dîné au Jap, rien d’autre qu’un de ces chinois déguisés en japonais foisonnant dans Paris, qu’il y a eu un attentat à Moscou responsable de plus de trente-sept morts, et que le JT de 20 heures a ouvert en révélant l’identité du père de la fille de Mme Dati.

Je constate l’incroyable ridicule dont les êtres humains se couvrent en ne sachant plus hiérarchiser les priorités ; qu’il s’agisse d’attentats à répétition au Proche-Orient, de bavures policières au Mexique ou d’inondations meurtrières dans le sud de la France, plus rien ne nous surprend. Habitué à un défilé d’incidents dramatiques, on a contribué au développement de cet égarement. Une inconscience liée à ce monde déraisonnable dont on ne se préoccupe plus, alors que nous serions les premiers à vomir si nous en étions les témoins. La vue du physio du Queen me remet les idées en place et je vide d’un trait mon flash d’Eristoff avant de pénétrer.

Une fois les règles conversationnelles de salutations échangées (qu’on écoute à peine), il me laisse filer dans la cage à souris la plus connue de Paris. On commande alors notre drogue liquide comme des esclaves dociles à l’un des serveurs, et on se place dans le carré. Un carré VIP dont certains pensent qu’il est à eux, à force d’y user leurs jeans et leurs CB.

Mais rien ne nous appartient, ni à eux, ni à nous, ni à personne.

2 réflexions sur “Extraits de #MTC

  1. Pingback: Paris est surdopé, les canines au bord de yeux… Pour vous sauver de là, un nouvel extrait dispo ! | Bienvenue sur le blog officiel de Stéphane Jouanny

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